Nicolas Sarkozy a lancé un appel solennel le 6 décembre au chef des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Pitoyable et consternant.
Après avoir fait part de son soutien aux otages des FARC sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), le président français s’est directement adressé au chef de la guérilla colombienne Manuel Marulanda. Lors de son monologue N. Sarkozy avoue avoir fait “un rêve : celui de voir Ingrid au milieu des siens pour Noël.” Touchant et optimiste, avant de poursuivre : “Monsieur Marulanda, je vous demande solennellement de relâcher Ingrid Betancourt et de ne pas porter sur votre conscience le risque que ferait peser sa disparition. [...] Monsieur Marulanda, il faut sauver une femme en danger de mort.” Le leader marxiste le remerciera pour l’information et nul doute qu’à l’avenir, il tiendra compte de la perspicacité présidentielle française. Par ces bonnes paroles, aussi innocentes qu’inutiles, l’omniprésident entendait-il sérieusement raisonner un homme qui mène une lutte acharnée dans la jungle colombienne depuis des décennies ? Bien sûr que non. Nicolas Sarkozy peut être sujet à de nombreuses critiques. Mais il n’est pas idiot. C’est un excellent comédien…
Bidon. S’il a privilégié la radio pour soutenir les otages, N. Sarkozy s’est adressé à M. Marulanda via la télévision française. Or, s’il y avait une réception satellitaire dans la jungle, ça se saurait. De toute évidence, notre président c’est encore une fois mis en scène dans un nouvel épisode de ce que l’on pourrait appeller “the realpolitic show”. Une série télévisée fastidieuse diffusée tous les soir en simutanée sur TF1 et France2 dès 20 heures. Le carnet de chèques dans la main droite, Nicolas Sarkozy se refait une conscience humanitaire et prend le micro de la main gauche. En plus de propos déconnectés de la réalité, M. Sarkozy a fait preuve de sa plus grande franchise à l’égard du peuple français et colombien. Accueillir un chef d’Etat terroriste pour renflouer les caisses est une chose. Mais mentir et procéder à un détournement démagogique d’une cause humanitaire à son seul crédit est inacceptable. On dit les Français tiraillés entre héritage moral et réalité économique. Nicolas Sarkozy a déjà fait son choix. La patrie des Droits de l’Homme se cache les yeux.